vie professionnelle

Cette année…

il y a eu un changement aux conséquences inattendues pour notre famille: j’ai repris le boulot !

You're hired

Oui, parce que, voyez-vous, dans la société dans laquelle nous évoluons, être une maman à plein temps qui fait, sur les heures de crêche de ses enfants, des ménages et donne des cours particuliers de français, ça compte pour du beurre.

Donc, en septembre dernier, l’opportunité d’avoir un job avec salaire mensuel reconnu socialement s’est présentée. Comme mes 2 garçons vont à l’école et qu’ils sont entre de bonnes mains, j’ai accepté.

Le job: assistante de français pour le collège (senior school – 11 à 15 ans) et prof de français pour les 5-7 ans.

Ma qualification de prof de français pour le secondaire en France et mes expériences en « pre-school » (Reggio-Emilia et Montessori) en Angleterre me permettaient d’aborder ce travail avec enthousiasme et confiance. Néanmoins, le rôle d’assistante était nouveau pour moi et j’avais beaucoup à apprendre.

Pourquoi avoir accepté ce job?

  • l’envie d’enseigner dans une école, à nouveau.
  • découvrir l’enseignement en Angleterre après avoir expérimenté l’enseignement en France.
  • découvrir le fonctionnement d’une independent school (école privée).
  • augmenter le revenu du foyer.
  • un emploi du temps adapté à notre vie de famille qui me permettait d’amener et de récupérer mes enfants à l’école, comme d’habitude.
  • la localisation idéale du job: au bout de ma rue et sur le chemin de l’école de mes enfants.

Durant le 1er mois, j’ai pris mes marques en tant qu’assistante et j’ai tout de suite trouvé le rythme avec les petits en tant que prof.

Et puis, patatra, ces débuts en douceur, où j’espérais apprendre tranquillement le rôle d’assistante et celui de prof de FLE pour le secondaire, n’ont pas duré. Un lundi matin, 5 minutes avant le début du cours où j’étais là en tant qu’assistante, on m’a demandé de remplacer la prof de français qui était malade. Une feuille avec tout le déroulé des séances pour la journée y était inscrit. Gloups!

Nombre d’activités devaient se faire avec le manuel interactif. Re-gloups! Maîtriser le tableau interactif n’est pas mon fort et j’avais placé en bas de ma « to-do list » cette compétence vu que ce n’était pas une ressource essentielle à mon travail.

Je relève le challenge et ça se passe plutôt bien mais la petite histoire se répète le lendemain puis le surlendemain puis, 1 semaine, 2 semaines. Ouf! Les vacances de la Toussaint arrivent. Ma collègue va surement se remettre et la situation va rentrer dans l’ordre. Le week-end précédant la reprise, je passe une heure au téléphone avec elle pour faire la transition. Le matin de la reprise, une feuille est à nouveau scotchée sur mon bureau, je commence à bien la connaître. C’est reparti pour le remplacement! À la fin de cette semaine, c’est à moi de créer les cours. L’histoire dure jusqu’aux vacances de Noël où on m’annonce que ma collègue a envoyé sa lettre de démission et que si je l’acceptais, ma mission serait de prendre sa place.

Il est à souligner que sur la centaine d’élèves apprenant le français, une bonne vingtaine avait un examen important à passer 5 mois plus tard: le GCSE de français (examen se situant entre le brevet et le Bac français). Je ne me voyais pas les planter là et la période d’incertitude liée au retour ou non de leur prof n’avait que trop duré. Il leur fallait de la stabilité et de l’intensif jusqu’à l’examen.

Conclusion du 1er rebondissement: j’ai accepté de relever le défi mais j’ai dû abandonner mon travail avec mes 5-7 ans car il devenait impossible en termes d’horaires de tout faire.

La bouteille à moitié vide

Après Noël, je me suis donc retrouvée avec un emploi du temps XXL qui n’était pas du tout adapté à ma vie de famille puisqu’il était fait pour une prof qui était célibataire et sans enfant. Je suis passée de 14 périodes de 40 minutes à 26. Et comme il n’a pas été possible de recruter une assistante de français pour me remplacer, j’ai décidé, encore une fois dans l’intérêt des élèves, de faire mes heures d’assistante sur toutes mes pauses déjeuner. Mon vendredi off s’est transformé en journée de travail tout comme toutes mes soirées, mes week-ends et une partie de mes nuits déjà courtes. Quant à mes « vacances », j’en ai consacré la moitié à faire des séances supplémentaires de préparation à l’oral pour les élèves qui le souhaitaient (tout ça complètement gratuitement, of course) et l’autre partie à préparer mes cours car enseigner le français à des Français est différent d’enseigner le français à des Anglais. Je passe sur tout le côté administratif bien plus lourd qu’en France et qu’il a fallu aussi faire.

Bref, pour ne pas laisser tomber plus d’une centaine d’élèves dont j’avais la responsabilité quant à leur apprentissage du français, j’ai fait ce que je m’étais juré de ne jamais faire: mettre mes propres enfants entre parenthèse ainsi que leurs apprentissages en français entièrement préparés et adaptés à cahcun d’eux par mes soins. 😦

Notre petite famille a fait front. Chacun a fait de nombreux efforts. Mon mari a réorganisé son emploi du temps pour travailler depuis la maison un après-midi par semaine et pouvoir ainsi emmener les enfants à leur cours de natation. Ce jour-là, j’en profitais pour faire mes photocopies et préparer les ressources nécessaires jusqu’à 19h30. Ce jour-là, les garçons ne l’aimaient pas car ils me voyaient rarement avant de s’endormir. Mon mari s’est aussi appuyé toutes les tâches ménagères à part la préparation des repas que j’ai tout de même réussie à assurer tout au long de l’année. Il s’est aussi occupé, seul, des enfants le week-end car j’avais beaucoup de mal à trouver plus de 2h de libre.

NB: La prochaine fois que vous voudrez critiquer, à juste titre, un prof qui ne répond pas aux besoins de votre enfant, nommez-le ou faites-en un cas particulier et non une généralité parce qu’il y a de nombreux profs qui, comme moi, mettent à rude épreuve leur propre famille pour que la vôtre, via le bien-être de votre enfant, aille bien…

La bouteille à moitié pleine

Malgré cette frustration et cette culpabilité que je ressentais quant à mon rôle de maman, il y a aussi eu beaucoup de positif dans cette expérience inattendue.

  • les garçons ont réussi à maintenir un très bon niveau académique avec beaucoup moins d’aide de notre part. Ils ont gagné en indépendance dans leur travail.
  • toute l’attention portée à la gestion des émotions que nous faisons depuis des années a montré que les fondations étaient solides et que leur capital de tendresse était suffisamment conséquent pour répondre à leurs besoins.
  • notre famille est restée très unie et chacun a décuplé des trésors de générosité pour aider l’autre.
  • mes élèves ont vite (re)pris confiance et ont, pour beaucoup d’entre eux, fait des progrès impressionnants.
  • j’ai acquis en quelques mois de nombreuses compétences que je n’aurais jamais cru être capable d’acquérir en aussi peu de temps.
  • j’ai aimé enseigner ma langue et transmettre des éléments de ma culture à des élèves qui, maintenant, sont incolables sur la galette de l’Épiphanie, le débat opposant la chocolatine au pain au chocolat, la tradition du poisson d’avril, etc… 😉 🙂
  • mon salaire plus conséquent nous a permis d’envisager la possibilité d’un de nos rêves familiaux.

Quid de la suite?

Ce que j’avais envisagé: continuer ce travail auquel je m’étais attachée; mais en adaptant mon emploi du temps à notre famille; consolider des méthodes de travail mises en place cette année pour aider les élèves ayant des besoins particuliers (haut potentiel, TDAH, dys, etc); me servir de ma base de cours de cette année pour gagner en efficacité l’an prochain et être plus créative, moins dépendante des manuels. Retrouver du temps pour mes garçons, mon mari et moi.

Ce qui en sera: pour des raisons « politiques », je vais reprendre le job qui était le mien en septembre dernier.

Après une période difficile où il a fallu faire le deuil de pas mal de choses, le moment est venu de succomber à ce qui l’a toujours emporté chez moi: la philosophie de la bouteille à moitié pleine déjà évoquée plus haut.

D’un événement a priori désagréable, il convient d’en extraire la raison pour laquelle il survient à ce moment précis. Après deux semaines de « vacances » (l’école est finie mais j’ai repris mon ancien job de femme de ménage pour palier la baisse de salaire conséquente qui va nous tomber sur le coin de la figure à partir de septembre), je n’ai plus cette pression constante sur les épaules; nous avons repris nos rituels de lecture à voix haute, le soir avant le coucher; j’ai recommencé le sport, tout doucement; les garçons ont arrêté de se ronger les ongles et le quotidien est à nouveau tranquille et harmonieux.

Alors oui, mon salaire va être divisé par 2 à la rentrée.

Oui, notre rêve d’une maison plus adaptée à notre famille a failli nous passer sous le nez et tarde à se concrétiser à cause de tous ces rebondissements.

Oui, il va falloir encore trouver une nouvelle organisation.

MAIS…

  1. j’ai la chance d’avoir pu faire mon emploi du temps qui comprendra 3 parties bien distinctes: 3 jours à l’école, 1 jour pour les ménages, 1 jour pour du bénévolat dans une école publique. Tous les mardis et mercredis matins disponibles jusqu’à 10h pour me permettre de ne râter aucune des family assemblies de mes enfants. Jamais de cours après 14h20 ce qui me permettra de pouvoir récupérer mes loulous à l’école chaque jour de la semaine.
  2. j’ai acquis la certitude définitive que rien n’est plus important que cette famille dont je fais partie et que j’aime tant.
  3. cette déception de courte durée est en fait un autre signal, parmi quelques autres, pour me rappeler que ma voie n’est pas forcément là où mes diplomes m’ont conduite et qu’il est temps de sauter le pas…

Alors de cette année, je retire de la joie, de la sueur, le sentiment du devoir accompli, de l’épuisement, de la complicité avec mes élèves, quelques larmes, de la culpabilité envers mes enfants, mais surtout, surtout une immense GRATITUDE pour ce qui m’a été donné de vivre, le bon comme le moins bon car cela m’a fait grandir, m’a aidée à y voir plus clair sur la direction que je souhaite prendre, m’a fait apprécier plus encore ce en quoi je crois profondément depuis bien longtemps: c’est dans les petites choses du quotidien que se construit le grand bonheur intérieur qui nous fait être pleinement. Depuis deux semaines, je pose à nouveau un regard attentif sur chaque parcelle anodine de notre quotidien et depuis deux semaines, l’atmosphère est à nouveau sereine à la Blue house.

Merci à mes enfants et mon mari d’avoir été si « helpful » et aimants tout au long de cette année particulièrement et inhabituellement éprouvante pour nous 4.

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