Icônes de l’art moderne – une expo à couper le souffle !

Un lieu époustoufflant, de l’attente (beaucoup d’attente), une collection hallucinante, un bain artistique intense.

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La fondation Louis Vuitton (FLV) a réussi l’exploit de regrouper 127 oeuvres des 278 acquises par le collectionneur russe Serguei Chtchoukine. Parmi les toiles exposées, des noms maintenant célèbres retentissent dans notre mémoire comme des feux d’artifice: Matisse, Picasso, Van Gogh, Gauguin, Monet, Derain, Braque, Cézanne…

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Monet, Falaises d’Etretat, 1886.

Mais à l’époque où l’industriel russe vient en France et s’intéresse à ces toiles, peu de personnes accordent de l’intérêt à ces peintres trop en avance sur leur temps. On peut remercier Chtchoukine d’avoir suivi son coeur, son instinct (et les conseils avisés de marchands d’art eux aussi visionnaires) et de ne pas avoir cédé aux critiques désapprobatrices quant à ses choix.

Portraits de Sergueï Chtchoukine par l’artiste norvégien Xan Krohn

J’ai beaucoup aimé le panneau placé juste avant la 1ère salle qui regroupe les portraits des principaux artistes et du collectionneur. Il résume bien l’esprit de ces êtres qui voient plus loin que leur époque et leurs contraintes.

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Mais avant de découvrir toutes ces merveilles, il vous faudra vous armer d’une grande patience. Lorsque je suis allée à l’expo, avec une réservation sur internet en poche, à 10h (ouverture), je ne suis entrée dans la 1ère salle qu’à 11h20 ! Et une fois à l’intérieur, il faut refaire la queue pour accéder à certaines salles. Ceci dit, sur ce dernier point, je n’ai pas trouvé cela dérangeant car il y a tellement à voir que ces pauses permettent de penser à ce que l’on vient de voir. Cela permet aussi de réguler le nombre de personnes dans chaque salle et d’éviter un attroupement trop important autour des oeuvres qui gâcherait la contemplation.

Place aux oeuvres et à une petite sélection pour vous donner envie d’aller les voir sur place car rien (et surtout pas des images, photos, reproductions) ne saurait remplacer l’émotion ressentie face aux originaux.

La salle 1: Portraits des artistes et du collectionneur-commanditaire

Van Gogh, Picasso, Derain, Cézanne et une plongée dans des univers si intenses, des styles si personnels et uniques. Longtemps je suis restée devant le Van Gogh, fascinée par le contraste des couleurs et l’énergie qui émane de cette toile. Ce peintre est un mystère pour moi: comment parvint-il à mettre autant de vie, de mouvement et de beauté dans ses toiles alors que la vie elle-même n’était qu’une lutte permanente pour lui ? Avec le fumeur de pipe accoudé de Cézanne, je me suis laissée gagner par une douce nonchalance. Attitude de mise car il y a tant à voir dans cette toile !

Paysages impressions – Monet

Impressions notées sur place…

– Déjeuner sur l’herbe –

Le blanc des robes, de la nappe, de la vaisselle au centre de l’oeuvre est d’une luminosité incroyable. Le regard ne peut s’en détacher…

Dame dans le jardin

La lumière incroyable dans l’ombrelle. Le travail sur les nuances de vert comme un miroitement des feuilles. Bruissement de la légère brise estivale dans les arbres. La profondeur du bleu du ciel épuré de la moindre nuance de blanc fait ressentir la splendeur et la chaleur de cette journée d’été.

Je n’arrive pas à comprendre ces gens passant vite devant ces 2 oeuvres et disant, blasés: « Je les ai déjà vues. »

Se succèdent alors des paysages dans lesquels on sent littéralement la sensation du moment, la décomposition de la lumière et le regard de l’artiste.

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Monet, Les mouettes

Claude Monet donne à ressentir le brouillard qui enveloppe le parlement de Londres en effaçant les contours du bâtiment. Tout n’est que silhouettes floues.

Mes paysages coups de coeur !

Armand Guillaumin, Paysage aux ruines, vers 1897

À voir absolument en vrai pour la matière, la brillance et le contraste entre l’harmonie douce et chaleureuse de l’ensemble et le flamboiement intense des arbres lorsqu’on se rapproche de la toile.

Henri Moret, Port Manec’h, 1896

J’ai aimé la saturation des couleurs, la composition et la matière de cette toile aussi riche de loin que de près.

Le pointillisme n’aura pas échappé à Chtchoukine, non plus !

Paul Signac, Dune (Le Port Hue), 1890

Anne Baldasari, commissaire générale de l’exposition, a fait un travail remarquable pour créer des échos entre les oeuvres et donner à voir l’évolution de l’art mais aussi l’évolution du travail d’artistes comme Picasso, Matisse ou Monet, à travers cette collection. Les salles sont comme les chapitres d’un récit nous racontant une histoire: à la fois liés les uns aux autres mais différents car faisant avancer l’intrigue.

Le tableau de Matisse faisant le lien entre la salle « Paysages impressions » et la salle « Paysages constructions » est l’oeuvre qui caractérise le mieux, pour moi, cette cohérence du travail de l’ancienne directrice du musée Picasso.

img_0431-800Matisse, Le jardin du Luxembourg, vers 1902

Cette toile fait le lien entre les impressionnistes de la salle 4 (la moitié basse de la toile) et les cubistes de la salle 5 (la moitié haute de la toile abandonne les touches de couleurs impressionnistes pour des formes plus géométriques et les couleurs franches et vives effacent peu à peu le sujet pour être le sujet).

Le cubisme et le paysage

 

Les oeuvres de Picasso et une toile de Braque dominent cette salle. Il est fascinant de passer du paysage impressionniste au paysage cubiste. On comprend soudain les caractéristiques et les liens qu’entretiennent ces 2 courants de peinture !

Le douanier Rousseau

Matisse et la couleur

Paysage à Collioure

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La desserte rouge

J’ai appris, durant l’expo, que cette toile, commandée par Chtchoukine à Matisse, devait être bleue pour aller avec la pièce où elle était destinée à aller. Cependant, au dernier moment, Matisse a changé d’avis et l’a repeinte en rouge ! Le commanditaire conciliant qu’était Chtchoukine n’a pas dit un mot et a pris la toile. 😉

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La dame en vert

L’une des toiles de Matisse qui m’a le plus fascinée au cours de l’expo. Longtemps, je suis restée devant ce portrait…

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L’espagnole

Mozaïque de couleurs et de détails. Que j’aime le travail de Matisse du début à la fin !!!

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Gauguin et les îles

 

Picasso – de ses débuts jusqu’au cubisme

Ce tableau est saisissant et je n’ai pu m’empêcher de penser à L’assommoir de Zola. [période bleue]

img_0458-800Celui-ci est si voluptueux, onirique, étrange…et déjà, ces mains si longues, un brin inquiétantes, comme dans la toile précédente. [période rose]

Trois femmes                                                                La femme à l’éventail                                 La fermière

La force brute, massive, quasi animale de la fermière frappe de plein fouet. Le contraste entre son corps ployant sous la charge du travail physique et sa tête levée vers les cieux comme implorant un Dieu sourd à ses prières est saisissant. Ce tableau est d’une force titanesque !

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Vladimir Tatline, Nu, 1913

L’influence des tableaux présentés par Chtchoukine au palais Troubetskoï est manifeste sur l’avant-garde russe.

Cézanne – une richesse incroyable et en creux, l’essence de la peinture des décennies suivantes

La montagne Sainte Victoire est le tableau par excellence qui doit être vu en vrai pour être apprécié. Le travail de la matière, les reliefs sur la toile, les touches de couleurs ne pourront jamais être reproduits par une photo. C’est une toile qui exige notre présence et notre regard. Elle est fascinante, comme tout le travail de Cézanne.

Ma sensibilité particulière pour le travail du blanc dans la peinture

Degas et sa danseuse, à voir absolument pour capturer toutes les nuances de blancs irrisés qui font ressortir le rose des fleurs sur le tutu.

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Camille Pissaro, Place du théâtre français

Mon coup de coeur, en fin d’expo: Firenze d’Alexandra Exter.

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Outre les couleurs, l’enchevêtrement des formes géométriques déconstruisant la réalité pour en créer une autre, j’ai sans doute été particulièrement attirée par ce tableau car il fait écho à mes étés florentins que j’ai tellement aimés. La toile est comme un palimpseste à déchiffrer et les indices sont nombreux mais pas forcément donnés d’avance.

Infos pratiques:

  • Site web de la Fondation Louis Vuitton – ici
  • Dates: 22 octobre 2016 – 20 février 2017
  • Métro ligne 1 – arrêt « les Sablons » – Marcher en direction du jardin d’acclimatation. La fondation y est attenante et forme un ensemble magnifique. Pour info, le billet de l’expo donne un accès gratuit au jardin d’acclimatation.

Bonus: quelques photos magnifiques du bâtiment (piochées sur le net), oeuvre de l’architecte Frank Gehry, magnifié par l’installation de Daniel Buren.

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4 commentaires

  1. Un grand merci pour ce très beau résumé de l’exposition ! Je n’ai malheureusement pas pu m’y rendre et c’est vraiment un plaisir d’avoir pu ressentir un peu de l’âme de cette exposition et du collectionneur.
    And Matisse 💜 !

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