Ice-cream therapy VS Brexit !

L’onde de choc provoquée par la victoire du Brexit, vendredi, n’en finit plus de me frapper de plein fouet. J’oscille entre l’abattement, la colère, la tristesse, l’inquiétude, l’espoir.

Je ne me lancerai pas dans un billet politique car je ne maîtrise pas encore tous les tenants et les aboutissants de cette page de l’histoire britannique dans laquelle ma famille et moi sommes immergés.

Mais je ne pouvais passer sous silence ce que je ressens comme bon nombre de mes amis britanniques qui ont voté « remain » et comme tous mes amis résidents « UK » et de nationalités diverses qui, comme moi, ne peuvent voter et ont un goût amer, dans la bouche.

Alors, plutôt que de ressasser, j’ai:

1/ noyé mon chagrin (avec mes chéris d’amour) dans nos glaces favorites du moment. On se console comme on peut !

2/ envie de vous raconter l’Angleterre que j’aime, l’Angleterre qui m’accueille depuis 8 ans, l’Angleterre qui ne ressemble en rien à celle qui se profile suite à la victoire des 51,9% pro Brexit.

L’Angleterre – un meltingpot réussi

Ce que j’aime dans ce pays, c’est le mélange des cultures. Dans l’école où vont mes enfants, 22 langues différentes sont parlées et donc des élèves de 22 nationalités se côtoient, travaillent et jouent ensemble. Dans mon quartier, il y a une épicerie asiatique, un coiffeur turc, une boulangerie anglaise, un Tesco express, une épicerie italienne, un boulanger polonais qui fait du pain et des viennoiseries comme je n’en mange plus que très rarement en France, un restaurant thaï, un restaurant indien, un khebab, 2 pubs, etc…Dans ma rue, j’ai des voisins anglais, indiens, espagnols, turcs. C’est une richesse culturelle précieuse. C’est un trésor pour mes 2 garçons qui sont habitués, depuis tout petits, à vivre la diversité et à trouver cela normal, commun.

L’Angleterre – un pays il fait bon vivre

Quand nous sommes arrivés en Angleterre, nous avions vécu 8 ans sur Paris. Nous avions un bébé de 6 mois. Le contraste entre le rythme infernal parisien et la douceur de vivre du bord de mer anglais fut de taille ! Fini, le métro; hello le vélo et la marche à pied ! Finie, la pollution; hello l’air marin et les effluves de la campagne ! Finies la morosité et l’agressivité ambiantes, hello les « my love » ou les « darling » des caissières s’adressant aux clients du supermarché. Hello les gens qui t’aident spontanément à monter ta poussette dans le train, qui laissent leur place illico presto à une personne âgée, à la femme enceinte, à l’enfant ou à toute personne en ayant besoin.

L’Angleterre – une culture de la tolérance et de l’excentricité

Ici, on peut avoir les cheveux bleus, rouges, verts, roses ou les 4 à la fois. on peut être couvert de tatouages, se balader en chaussons et en « onesie« , être un homme et porter des talons hauts ou manger un fish and chips à 3 heures de l’après-midi, personne ne va trouver cela bizarre et encore moins émettre le moindre jugement. Ici, chacun est libre du regard des autres et l’atmosphère de bien-être qui en résulte est indéfinissable. C’est en étant confrontés chaque jour à l’état d’esprit non-jugeant des Anglais que nous avons pris conscience de notre culture très française du jugement incessant entre critique facile et moquerie banalisée.

L’Angleterre – une culture de l’inclusion

Dans ce pays qui n’est pas le mien, je ne me suis jamais sentie en insécurité ou considérée comme étrangère. Ce sentiment de faire partie intégrante d’une communauté diverse et accueillante est incroyablement positif et moteur.

L’inclusion au quotidien, en Angleterre, c’est:

  • de larges trottoirs munis de bateaux (le must pour les poussettes, fauteuils roulants, enfants en trottinettes, etc…)

  • des rampes d’accés dans tous les magasins et lieux publics

  • le libre accés aux toilettes dans la plupart des commerces et dans les magasins de vente de matériel de puériculture comme Mothercare, une pièce maman-bébé réservée à l’allaitement et au change du bébé.

  • de nombreuses maisons de retraites construites face aux parcs de jeux et/ou face aux écoles.

  • de nombreux parcs de jeux en libre accès et gratuits partout (pauvres ou aisés, tous les enfants peuvent profiter d’un espace vert, de balançoires, de toboggans et autres structures pour jouer, courir, rêver, lire).

  • des restaurants « children friendly » où le serveur va apporter avant toute chose un pot de crayons et du papier ou un set de table rempli de jeux et coloriages pour les enfants. Dans certains restaurants, il y a même une panière remplie de jeux.

  • des bénévoles qui promènent des handicapés lourds au parc, en ville, à la mer. Tous les êtres se côtoient. Personne n’est sommé de se terrer pour ne pas gêner la « normalité ».

L’Angleterre – un système éducatif public tellement humain et positif

Cette inclusion se retrouve à l’école et porte le nom de « special needs ». Les enfants qui ont des « besoins spécifiques » ne forment pas un groupe à part. Ils sont répartis dans les classes et mélangés aux autres enfants.

« Special needs »: plurilinguisme, hyperactivité, autisme, gestion des émotions, allergies, maladie, handicap physique, etc…

Mes garçons fréquentent l’école publique du quartier. Un quartier que les Français qualifieraient de « populaire ». À plusieurs reprises, je me suis posée la question du homeschooling et à chaque fois, je n’ai pas sauté le pas. Pourquoi ? Parce que l’école a su répondre à chaque besoin spécifique de mes enfants lorsqu’ils ont eu besoin de soutien. Elle a beaucoup misé sur des adultes qui n’existent pas dans le système scolaire français: les « assistant teachers ». Ces assistants ont des formations diverses. Certains sont spécialisés dans l’apprentissage de l’anglais-langue seconde, d’autres dans l’apprentissage de la gestion des émotions, d’autres dans les différentes stratégies d’apprentissage d’un enfant autiste, etc…Ici, on nomme les particularités et les enfants qui n’ont pas de besoins spécifiques sont encouragés à comprendre ce qui est différent chez l’autre et comment l’aider au quotidien. Il y a un esprit de communauté très, très fort !

Outre l’inclusion, l’école anglaise mise sur le potentiel créatif de chaque enfant, sur la construction de sa confiance en lui, sur son aisance à l’oral. Pour ce faire, le professeur pointera d’abord et presqu’exclusivement tout ce qui est réussi, juste, beau dans le travail de l’élève. Le gouvernement de David Cameron, via sa ministre de l’éducation, Nicky Morgan a mis à mal tout ce qui fait la force de cette école où la construction émotionnelle de l’enfant primait sur l’académique pur et dur. Les personnalités politiques qui ont mené le Brexit prônent une ligne plus dure encore…

L’Angleterre – le pays des « charities »

Dès l’enfance, le petit Britannique est élevé dans l’idée qu’il faut aider ceux qui en ont besoin. Et l’un des pilliers de cette charité, ce sont les oeuvres caritatives. Très tôt, faire des gâteaux et aller les vendre au voisinage pour récolter de l’argent qui ira à l’hôpital de fin de vie des enfants, par exemple, est fortement encouragé. Cette culture fait qu’une fois adultes, les Britanniques se lancent dans des challenges sportifs à visée caritative sans être des sportifs chevronnés. Tout est possible pour récolter de l’argent et permettre à d’autres moins chanceux d’aller mieux. Voir le challenge « 27 marathons en 27 jours » de l’humoriste Eddie Izzard pour Sport relief et en hommage à Nelson Mandela. Incroyable de générosité, de folie et complètement bluffant !

Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, j’aime ce pays autant que mon pays d’origine.

Et aujourd’hui, je suis triste et inquiète de voir disparaître peu à peu toute cette harmonie et cette diversité.

Pourquoi ?

Parce que ce référendum a scindé en 2 le Royaume-Uni.

Parce que ce qui a motivé le Brexit tourne autour d’un vocabulaire fermé, restrictif (reprise du contrôle, fermeture des frontières, restriction de l’immigration, etc…) à l’opposé de cette ouverture d’esprit et de cette capacité d’accueil que je pensais intrinsèques aux Britanniques.

Parce que les messages de haine xénophobes commencent à pleuvoir après la victoire du Brexit.

Parce que si l’économie se casse la figure et que les britanniques qui ont voté « leave » perdent leur job, ne parviennent plus à payer leurs factures ni à envoyer leurs enfants dans des écoles privées, ils vont s’aigrir peu à peu, puis chercher des boucs émissaires. Et même si maintenant, ils affirment que leur vote n’a rien à voir avec l’immigration et qu’ils ne sont pas racistes, une fois au pied du mur, c’est l’étranger qu’ils accuseront de leurs maux alors même que ce sont eux, en votant pour le Brexit, qui sont responsables de cet engrenage terrible dans lequel l’étranger n’a rien à voir.

Au milieu de ce grand trouble, des lumières s’allument, des voix s’élèvent. Deux de mes amies anglaises, terriblement choquées par ce fracas et ne se reconnaissant absolument pas dans cette atmosphère brutale et délétère, viennent de s’engager en politique. Elles ne sont pas les seules. Nombre de Britanniques qui n’ont pas voté pour le Brexit s’engagent, s’activent et parlent haut et fort pour que leur pays ne leur soit pas volé, pour que leur pays reste cette terre d’accueil ouverte, généreuse, multiculturelle et inclusive que j’aime tant.

Let’s see how it goes…Let’s hope…

EU

 

 

 

 

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8 commentaires

  1. Je comprends ton désarroi, le monde est une machine brutale à changement perpétuel et ce depuis toujours, je me rappelle ma maman en pleurs dans la ville de Rouen devant ses souvenirs perdus. Si rien n’est immuable, je suis persuadée qu’il faut croire au lendemain et si ce n’est pas ici et bien ce sera ailleurs pour les êtres nomades que nous avons oublié d’être… Que la bonne humeur revienne dans la maison bleue! Demain est un autre jour… Bisous ma Aurore

    1. Tes mots sont justes et remplis de sagesse, Ninon. Le choc est encore trop présent pour être dans la légèreté mais je vais tâcher de faire revenir le positif peu à peu. Il y a tant de personnes merveilleuses tout autour de notre famille dont toi. Bisous tout plein ma Ninon.

    1. Merci pour ton soutien immuable, Vic ! Il m’est si précieux, en particulier, actuellement. Je veux continuer à voir ce qui est beau et positif dans ce pays. Tout ça m’a donné envie de partager tout ce qu’il m’a donné au cours de ces 8 dernières années. Vous allez en manger des articles sur L’Angleterre. 🙂

  2. Un grand Merci pour votre article. J’ai découvert les anglais sous un autre angle de vue, car il faut bien le dire, on dit souvent des anglais qu’ils ne font jamais comme nous, qu’ils sont toujours à part, qu’ils arrivent parfois à nous agacer. Mais, à la lecture de votre ressenti, j’ai appris que finalement, c’est nous qui devrions prendre exemple sur les anglais. Non pas sortir de l’Europe, bien sûr ! Mais revoir notre façon de vivre, nos manques de tolérance, nos jugements trop hâtifs. Sur le système éducatif en particulier. Je ne savais pas cette attention particulière pour chaque élève en difficulté. On devrait en prendre de la graine ! Quand je pense qu’en France les familles d’un enfant autiste ou handicapé doivent se battre et se battre encore pendant des années pour obtenir une assistante particulière dans l’école pour accompagner leur enfant. Bon courage pour la suite et j’espère comme vous que les valeurs acquises dans ce pays comme la charité, le respect et l’accueil de l’autre, et la liberté de vivre sa propre liberté, ne vont pas s’envoler eu fil des années.

    1. Anne, votre commentaire me remplit de joie ! Quand on baigne dans la culture de son propre pays, il est souvent difficile de prendre du recul et de remettre pas mal de coutumes, façons de penser en question. C’est pour cela que nous sommes partis, il y a 8 ans: pour sortir de notre zone de confort. Mine de rien, parler une langue différente de sa langue natale au quotidien, ça secoue. On ne peut plus exprimer toutes les nuances auxquelles on était habitués. Le système éducatif, administratif, de santé sont diffrents, etc…Il faut s’adapter, s’ouvrir, penser différemment. L’Angleterre a ses bons et ses moins bons côtés, comme la France, comme n’importe quel pays. Dans les bons, il y a la tolérance, l’ouverture d’esprit et l’importance de l’autre. Lorsqu’on rentre en France, on est souvent choqués par l’agressivité ambiante (gens qui s’énervent sur le parking, qui klaxonnent au volant,…), le manque de courtoisie. Avant, on n’y faisait pas attention. Une marche sur Londres a eu lieu samedi dernier. Une autre va avoir lieu samedi 9. Les gens s’unissent pour que leur pays reste cette belle terre d’accueil. Merci infiniment pour votre soutien. C’est précieux. Au plaisir d’échanger à nouveau. 🙂

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