Accoucher en maison de naissance (en Angleterre): Récit de notre parcours.

Illustration ThéodoreIllustration de Sophie Pujol

Le « birthing centre »

En Angleterre, les maisons de naissance (birthing centres), contrairement à la France, ont été légalisées et fonctionnelles dans les années 80, non sans mal. Des années de lobbying et de revendications pour une liberté de choix et d’information quant aux 3 possibilités d’accoucher ont précédé cette légalisation.

Le birthing centre peut être attenant ou non à une maternité et il est sous la seule responsabilité de sages-femmes (midwives). Ici, en effet, la sage-femme est LA seule référente que l’on voit lorsqu’on est enceinte. Le gouvernement est à la fois plein de bon sens et pragmatique. Dans 85% des cas, les naissances se passent bien et ne justifient pas  l’intervention d’un obstétricien. De plus, les sages-femmes, comme en France, sont très bien formées et savent poser des instruments comme la ventouse ou les forceps. C’est leur travail: suivre, accompagner, aider à l’accouchement. En Angleterre, elles ont donc une place centrale et de 1er plan. L’obstétricien n’assure que les accouchements par césarienne. Et comme l’acte d’une sage-femme engendre un coût moindre, il est plus intéressant pour le gouvernement de rationaliser la proportion de sages-femmes et d’obstétriciens. Tout le monde y trouve son compte et, en 1er lieu, les parents !

Le suivi à Crowborough birthing centre

Il se composait de 2 visites, l’une à 6 mois de grossesse, l’autre à 8 mois. Du très léger, donc ! Comme c’était ma 2ème grossesse, cela me convenait très bien mais je ne sais pas si j’aurais aimé cela pour ma 1ère grossesse. Ici, la sage-femme du suivi de grossesse n’est pas forcément celle qui sera là le jour de l’accouchement. Mon mari allait donc devoir assurer le rôle de soutien puissance XXL. Cela tombait bien: nous étions confiants et, forts de notre 1ère expérience, nous savions que nous pouvions mener à bien la mise au monde de nos enfants par nous-mêmes.

L’option d’une maison de naissance légalisée, c’est qu’elle joue pleinement son rôle familial. Une sage-femme s’occupe des frères et soeurs pendant l’accouchement de leur maman. Ainsi, pas de casse-tête de garde pour les parents, ni de perturbation pour la fratrie. La famille reste unie et dès que bébé est là, tous ses membres se retrouvent immédiatement autour de lui. Nous n’avons pas pris cette option car nous ne voulions pas réveiller notre aîné, encore petit (20 mois), si l’accouchement avait lieu le soir ou la nuit. Alors, c’est une amie très proche et très chère qui a traversé la Manche pour s’occuper de notre aîné le moment venu. Je profite de cet article pour lui redire merci, publiquement, de s’être occupée de moi durant 3 semaines (2 avant l’accouchement et 1, après). J’ai été choyée, cocoonée, délestée de toute tâche ménagère. Une vraie respiration !

JOUR J

La semaine précédant mon accouchement, j’avais eu plusieurs alertes mais rien de sérieux et puis, le 14 octobre, vers 21h, alors que je buvais une tisane avec mon mari et mon amie, les contractions de pré-travail ont commencé pour se muer en contractions de travail très rapidement. Et celles-ci, on les reconnaît tout de suite ! Un quart d’heure après le début des contractions, je demandai à mon mari de téléphoner à la maison de naissance. Notre 2ème bébé allait nous rejoindre incessamment sous peu.

À 21h30, nous montions en voiture; à 22h20, nous arrivions au birthing centre; à 23h55, Théodore était parmi nous !

Entre temps, nous avons une nouvelle fois, vécu une histoire intense et magnifique. La sage-femme nous a accueillis chaleureusement, a procédé à un examen rapide pour s’assurer que notre bébé allait bien et m’a demandé si je souhaitais accoucher dans l’eau ou hors de l’eau. J’ai choisi la première option, me rappelant ses bienfaits lors de la phase de travail de mon 1er accouchement. Que d’apaisement en me plongeant dans cette eau chaude et emplie d’huiles essentielles réconfortantes ! Mon roc (mon mari) reprenait du service me massant les reins, m’accompagnant de sa présence entière et vraie. Son authenticité et sa concentration me transmettaient force et énergie. Ensemble, nous mettions au monde notre enfant. Ensemble, nous ajoutions une pierre de plus à notre couple, de celles qui participent des fondations.

La sage-femme et son assistante sont restées en retrait tout au long de l’accouchement, n’intervenant que subrepticement à 2 reprises pour vérifier les battements du coeur de notre bébé, à l’aide d’une sorte de monitoring portatif, et à la fin, pour la rotation de ses épaules. Cette attitude ne venait pas d’une revendication de notre part ou d’un projet de naissance indiquant noir sur blanc des exigences. Non, tout cela s’est fait naturellement. Plus tard, une fois la naissance accomplie, elles nous avouerons qu’en nous voyant si unis et si confiants dans cette épreuve, il leur avait paru évident de nous laisser vivre pleinement ce moment qui appartenait à notre histoire.

Jamais je n’oublierai leur pudeur si respectueuse, leurs silhouettes à la fois rassurantes et effacées dans un recoin de la chambre plongée dans une douce pénombre, la tiédeur de l’eau et les mains apaisantes de mon mari.

Les contractions de travail étaient d’une efficacité redoutable; les poussées extrêmement puissantes. Ce bébé était prêt à sortir et nous le montrait clairement. L’eau a joué un rôle majeur dans la gestion de la douleur. Tout était plus naturel, plus doux, plus harmonieux. Les mouvements de mon bassin s’accordaient à ceux de cet élément liquide où tout s’allège. C’est au cours de cette danse lente et humide que Théodore a paru. Petit être tout nouveau se déployant avec grâce dans son milieu naturel, remontant lentement vers mon sein. Ce petit bonhomme naissait dans la douceur la plus absolue: chaleur de l’eau, pénombre, chuchotements et effleurements tendres.

Ce fut un moment de bonheur indicible. Front contre front et enlaçant notre trésor, mon mari et moi nous ressourcions après ces 2 heures d’efforts. J’ai croisé le regard ému de la sage-femme venue recouvrir Théodore d’une couverture chaude. Notre bébé semblait tout simplement bien dans cet entre-deux que le birthing centre lui offrait; l’eau qui avait été son élément durant 9 mois, et l’air qu’il découvrait sans trop de souffrance. Théodore n’a pas pleuré, n’a pas été aspiré. On lui a tout simplement laissé le temps de dégager par lui-même ses voies respiratoires. Le temps, ce précieux sésame, si simple et pourtant si rare dans notre société actuelle où tout est « express ». C’est aussi cela que j’apprécie dans les maisons de naissance: un retour à la simplicité, aux valeurs essentielles. Ici, l’humain est au centre. La triade père-mère-enfant est respectée. La sage-femme prend la place qu’elle sait être la sienne. Le temps retrouve la durée et s’étire avec lenteur.

Tout comme pour Thomas, David a coupé le cordon de Théodore seulement lorsqu’il a cessé de battre et a vêtu notre bébé. Pas de bain, ici. On évite les désagréments au maximum. Et de toute façon, étant né dans l’eau, il n’en avait nullement besoin. Après une têtée, notre petit bonhomme s’est endormi et ne s’est réveillé qu’onze heures plus tard. Je me sentais bien. Tout était calme. Seule une autre maman était présente, cette nuit-là. David est rentré au petit matin et il est revenu en fin de matinée avec Thomas et mon amie Isa. Les deux frères allaient pouvoir faire connaissance.

Retour à la maison

Puis, à 14h, nous quittions le birthing centre. Qu’il était bon de retrouver aussi rapidement son chez-soi. Mais rassurez-vous ! Mon bébé et moi-même avons été suivis, à la maison, par une sage-femme (parfois 2) durant 15 jours, à raison d’une visite par jour, les 8 premiers jours et d’une tous les 2 jours, la 2ème semaine. J’ai trouvé le protocole anglais de suivi à domicile beaucoup plus sérieux et rassurant que le protocole français. Chaque visite dure 1 heure et outre les vérifications physiologiques, la sage-femme se propose, si on le souhaite, de nous soulager en faisant un brin de ménage ou en faisant un peu de cuisine.

Concernant l’examen du bébé, il est succint et va à l’essentiel. Si le bébé dort, il n’est pas réveillé. Les praticiens anglais ne semblent pas obnubilés par le poids et la taille des bébés ! Il existe des endroits appelés « Children and family centre » dans lesquels on peut aller faire peser son bébé 1 fois par semaine. Je l’ai fait 2 fois et puis j’ai arrêté voyant que mon bébé profitait fort bien.

En conclusion

Ce 2ème accouchement en maison de naissance fut donc une fois encore une expérience inoubliable et intense. Mettre au monde mon enfant avec l’appui de mon mari fut l’un des plus beaux et des plus forts moments de mon existence. Si j’ai choisi de partager cela avec vous, c’est pour faire entendre une voix que l’on n’entend pas suffisamment et contribuer un peu à ce que la maison de naissance et l’accouchement à domicile puissent faire partie des choix offerts à chaque couple, au même titre que la maternité classique.

L’article en bref:

Le birthing centre (de Crowborough), c’est:

 

  • une structure autogérée par des sages-femmes et souvent indépendante géographiquement de l’hôpital.

  • une offre proposée aux couples au même titre que l’accouchement en maternité ou à domicile.

  • un suivi moins personnalisé qu’à Pontoise (France).

  • une grande liberté du couple dans le processus de l’accouchement.

  • l’opportunité d’une naissance dans l’eau (water birth).

  • une véritable maison où toute la famille a sa place le jour J.

  • des sages-femmes qui ne se sentent pas obligées d’intervenir à tout va pour justifier leur fonction et leur salaire. Si tout se passe bien, elles laissent faire. Si on a besoin d’elles, elles interviennent, et avec beaucoup de professionnalisme.

 

Le retour à la maison: un suivi à domicile beaucoup plus consistant et réconfortant qu’en France.

 

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Un commentaire

  1. Bonjour et merci pour ce superbe témoignage. Le net présente une vision très manichéenne de l’accouchement (très vs pas du tout médicalisé) et des témoignages vrais comme le vôtre (et rassurants) aident à se faire une idée un peu plus réaliste et à avoir moins peur. Je vais bientôt aller vivre au Royaume-Uni; je ne sais pas encore si j’y accoucherai ou pas mais comme accoucher me fait peur, je me renseigne déjà. Merci, donc 🙂 Amicalement.

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