Isabelle Filliozat, « Il me cherche », comprendre ce qui se passe dans son cerveau entre 6 et 11 ans.

il me cherche filliozatVoici un bouquin de parentalité positive facile d’accès, pratique et très honnête, d’un point de vue intellectuel.

J’ai aimé:

  • la présentation claire, ritualisée, par tranche d’âge et l’alternance fille/garçon dans les points de vue.

  • les nombreux outils et pistes de réflexion proposés

  • les cas très concrets.

1. Le sujet: comprendre ce qui se passe dans le cerveau de nos enfants entre 6 et 11 ans,

à la lumière des neurosciences, de la psychologie et dans l’esprit de l’éducation positive.

Vaste programme ! 🙂

Parenthèse (à zapper si vous êtes pressés !): J’admire les parents naturellement bienveillants, empathiques et totalement intuitifs avec leurs enfants. Même si c’est ce vers quoi je tends, je suis encore loin de cet idéal et comme, parfois, l’intuitif ne suffit pas, des livres comme celui-ci m’aident grandement. Et oui ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, même si je les ai conçus, portés et mis au monde, il m’arrive de ramer pour arriver à comprendre certaines des réactions de mes enfants. Plutôt que de rester seule dans mon coin avec mes interrogations, je lis et je papote avec d’autres parents câblés éducation positive. Chacun son truc pour trouver une voie sur le chemin de la parentalité. Celle-ci est la mienne et je partagerai avec vous mes coups de coeur. On ne sait jamais: ça peut servir.

Le sommaire plante le décor. Vous y trouverez de nombreux comportements de l’enfant de 6 à 11 ans et toutes les réjouissances qui peuvent aller avec.

Extrait: elle fait sa crise; il est agressif; il se met en rage à la moindre frustration; il est tout le temps collé à moi; ils ne racontent jamais rien; elle veut toujours gagner; elle raconte des histoires à dormir debout; il fait pipi au lit; il veut toujours manger la même chose et ne se montre difficile qu’avec sa mère; elle jette ses affaires n’importe où, etc…

Face à cette avalanche d’énigmes que sont pour nous, certaines réactions de nos enfants, Isabelle Filliozat propose de nous aider mais attention ! Elle se défend d’être un gourou qui détiendrait la science infuse. Non ! Comme toute personne pétrie de bienveillance, elle propose une multitude de pistes et de conseils qui ne sont pas exhaustifs et qui  peuvent nous apporter des (débuts de) solutions. À nous de prendre ce qui convient à chacun de nos enfants.

Parmi les outils, elle rappelle les principes de la théorie de l’attachement, nous donne 10 étapes possibles pour résoudre une situation problématique, apporte un éclairage sur les principaux facteurs de stress qui peuvent conduire à des réactions excessives.

J’aime beaucoup une des phrases de l’introduction:

Jardiniers respectueux des différences individuelles, nous tenterons d’analyser ce qui peut causer leurs réactions.

Comment faire ?

2. Mode d’emploi

Chaque cas obéit au même rituel:

  • une situation présentée sous la forme d’une illustration

  • le vécu de l’enfant

  • l’éclairage des découvertes en neurosciences et de la psychologie expérimentale, signalé par une ampoule LED

  • l’option de parentalité positive (des outils et des pistes de réflexion possibles parmi tant d’autres !)

Chaque situation fait rarement plus d’une page ou deux et suit invariablement le même schéma, ce qui en fait un livre réellement pratique et rapide à lire. Certains argueront que cette brièveté en fait un ouvrage simpliste. C’est un fait que l’auteure, elle-même, reconnaît. Il est inconcevable de résoudre chaque problème par une seule solution qui serait LA solution mais peut-être que la solution proposée, vous n’y auriez pas pensé. Et de ce fait, pourquoi ne pas la tester ? On ne sait jamais ! Des fois que cela fonctionnerait !

Pour ma part, je considère ce livre comme un petit guide pratique qui rafraîchit ma boîte à outils en matière de bienveillance (tout comme Élever un garçon de Steve Biddulph) quand parfois, je retombe dans la tentation du « C’est bon, là ! C’est comme ça et tu ne discutes pas ! ». La bonne autorité de mon enfance qui apprend la soumission et l’obéissance plutôt que la réflexion et l’empathie. Pffff !

Isabelle Filliozat - Il me cherche - parentalité positive bienveillante (5)-800

Les deux entrées possibles du livre, une fois lu en intégralité:

  • par cas précis

Exemple: mon enfant me raconte des histoires à dormir debout (non, non, ce n’est pas du tout pris au hasard !)

Je cherche si ce cas de figure est présent. Je lis le passage qui lui est consacré. Je comprends mieux ce qui se passe chez mon bambin. Je prends les billes dispo dans le bouquin et je vais au charbon, le coeur ouvert et l’esprit bienveillant !

  • par tranche d’âge

Autre exemple (toujours absolument pas pris au hasard !): 6 à 7 ans: l’âge de l’imaginaire

J’avais remarqué, en effet ! 😉 Et comme les enfants sont tous différents, même au sein d’une fratrie, cette imagination ne se manifeste pas de la même manière de l’un à l’autre. Là où mon aîné manifestait son imagination débordante en écrivant des histoires, en dessinant, en peignant, en inventant des histoires où il était vraiment le tigre ou le tyrannosaure rex, mon cadet écrit aussi des histoires, fabriquent des engins avec ses Lego tout droit sortis de son imagination mais il raconte aussi, sur le ton de la vérité, des trucs aussi gros que le colosse de Rhodes ! Hors de question que mon garçon entre dans cette spirale où « tu trompes la confiance que tes parents, ils ont mis à l’intérieur de toi » (vous vous souvenez ?). Alors pour éviter à Maurice de devenir le bouc-émissaire de mon chérubin, je vais directement au chapitre 6 – 7 ans et je me rafraîchis le coeur et l’esprit. Non, mon enfant n’est pas manipulateur ! Non, mon enfant n’est pas un mythomane en puissance ! Notre conception du mensonge avec toutes ses conséquences morales a besoin de changer d’angle si on ne veut pas foncer droit dans le mur, tête baissée. Pourquoi ? Parce que le cerveau frontal (la zone qui permet de temporiser les impulsions) et les lobes sensitifs d’un enfant de 6 ans n’ont pas le même niveau de maturité et de développement que celui de l’adulte.

3. Mon expérimentation, dans la vraie vie, des pistes de ce livre

Concernant les histoires imaginaires: l’enfant, de cet âge, a tendance à placer sur le même niveau réalité et imaginaire.

Concernant les mensonges: l’enfant étant dans une logique consistant à faire plaisir à ses parents (et ce au moins jusqu’à 10 ans), si le parent demande, sur un ton mécontent, qui a cassé le beau vase offert par grand-mère, l’enfant aura tendance à inventer quelque-chose qui ne décevra pas ou qui ne mettra pas son parent en colère.

Oui, mais on fait quoi, alors ? On laisse faire ? Meuuuuuuh non !

Pour les histoires imaginaires, on les accueille sans jugement et on essaie de comprendre ce qu’il y a en creux.

Par exemple, mon enfant m’a dit que son copain Max était allé en Australie pendant les vacances de Noël et qu’il avait beaucoup amélioré son comportement.

Avant, j’aurais eu tendance à répondre: « En es-tu bien certain ? » ou alors beaucoup , mais alors beaucoup moins politiquement correct « Mais bien sûr ! Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu… »

Après lecture de ce livre, je ne m’emballe pas. Je me pose 2 ou 3 questions et j’en arrive rapidement à une évidence: ces 2 infos visent plutôt à ce que j’ai une meilleure opinion de l’ami qu’il s’est choisi (et que je ne me serais jamais choisi !). Besoin de reconnaissance.

Vécu de l’enfant: si maman n’aime pas l’ami que je me suis choisi, elle n’aime pas une partie de moi. Sonnette d’alarme !!!

Mon option de parentalité positive: Je n’ai donc pas relevé l’incohérence du propos. En revanche, nous avons regardé où était l’Australie et combien de temps il fallait pour y aller, etc…Finalement, il a convenu, devant l’air dubitatif de son frère et une de mes suggestions, qu’il avait confondu « Autralia » et « Austria ». Ah ! On se rapproche du noeud de l’intrigue. Quant au comportement, j’ai juste dit que c’était une bonne nouvelle et que son copain devait, comme lui, commencer à mieux gérer ses frustrations et émotions grâce aux outils mis en place par ses parents et l’école. S’en sont suivis un gros câlin et la réassurance que je l’aimais très fort. On en est restés là.

Le soir, au coucher, il m’a dit: « Tu sais, il n’est pas parti en « Austria », Max. » Attention ! C’est là qu’il ne faut pas se planter sur la réponse et le ton de la réponse ! Moi (avec bienveillance et sur un ton complice):  » Tu m’as dit qu’il avait fait un grand voyage et qu’il s’était amélioré pour que je trouve ton copain super génial ? »

À partir de là, tout s’est débloqué et on a abordé ensemble le fait que si je n’apprécie pas un de ses copains, ça ne veut pas dire que je ne l’aime pas, lui, ou que ses choix sont à questionner. Le principal, c’est qu’il se sente bien avec ce copain et qu’être avec lui l’élève et non l’incite à ne pas respecter les règles du bien vivre ensemble (en gros, quand ton copain fait n’importe quoi, tu évites de le suivre ! Ok ?). Le relâchement de la pression sur sa poitrine et l’apaisement dans ses yeux ont été spectaculaires. C’est ce que j’ai constaté à chaque fois que j’ai réussi à rejoindre mon enfant, à me reconnecter à lui. Et ces moments nous font un bien fou, à lui, car il se sent soulagé, entendu et compris; à moi, car mon enfant se sent, à nouveau, bien dans ses baskets, la connexion avec lui est maintenue, une solution de fond a été trouvée.

Alors, oui, cette façon d’être avec ses enfants est bien plus chronophage et épuisante qu’un désinvolte « ça lui passera » ou un autoritaire « tu as menti: tu es puni ! File dans ta chambre t’autoflageller et cultiver ta culpabilité ! ». Parfois, lorsque je suis fatiguée et que je sature, je me dis « à quoi bon ! ». Et puis, un trait d’humour de mon adorable mari, un thé avec une copine, un bouquin comme celui-ci, un article du blog Apprendre à éduquer, un dîner entre amis (Wil et Sophie…..chapeau bas pour le dîner du 19 décembre !), cette citation de Frederick Douglass (1818-1895), homme politique et écrivain américain, « Il est plus facile de construire des enfants solides que de réparer des adultes brisés », une attitude empathique de mes enfants l’un envers l’autre, leurs câlins et leurs yeux qui pétillent, oui, toutes ces petites choses qui sont si précieuses me remettent en selle et me font persévérer dans cette voie-là. Tout comme Rome ne s’est pas construite en un jour, le comportement de mes enfants ne se construira ni en un jour ni en quelques années. C’est un long chemin d’apprentissages sur lequel je suis heureuse de les accompagner du mieux que je le peux, en faisant confiance à mon intuition profonde de maman et en la complétant par des lectures comme celle du livre d’Isabelle Filliozat. En termes d’éducation et de bien-être, je préfère le concept de la « maison de briques » à celui de la « maison de paille ». Mes enfants sont encore impulsifs parfois, rentrent encore dans des colères noires, oublient régulièrement qu’il faut marcher sur un trottoir au lieu de courir (sous peine de bousculer et de faire tomber quelqu’un), etc…mais à force de répéter ces règles de bien-vivre ensemble, de prendre le temps de s’arrêter dès qu’un comportement est inapproprié et d’en parler, des germes commencent à apparaître de-ci, de-là, tels des rais de lumière bien réconfortants. Un matin, en descendant l’escalier, quelle ne fut pas ma surprise en voyant mes chaussures et celles des enfants alignées en rang d’oignon et les lunch-box, prêtes, dans l’entrée ! Mes garçons m’ont dit: « On fait un travail d’équipe pour s’aider ! »

4. Quelques morceaux choisis, pour la réflexion…

 

Et en guise de conclusion, ce passage que j’aime beaucoup et que je vais mettre en évidence, à la maison, comme un rappel constant:

L’éducation est avant tout une relation. Privilégier cette dernière est toujours prioritaire. Une bonne relation permet […] de faire face aux difficultés et de surmonter, ensemble, les obstacles.

Comme dans toute relation, il y a des hauts et des bas, des erreurs et des réparations, des réussites et des avancées. Et ce qui est très, très fort, c’est cette envie d’avancer ensemble, d’apprendre les uns des autres et de s’aimer inconditionnellement, comme une toile de fond qui rend possible tous nos tâtonnements et nos efforts de parents certes imparfaits mais perfectibles.

 

 

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4 commentaires

    1. Il est très rapide à lire (2 à 3 heures) mais il gagne à être relu, par la suite, pour mieux s’en imprégner et au besoin, lorsqu’une situation concrête se présente et qu’on n’arrive pas bien à la gérer. Enfin, c’est comme ça que j’utilise ce livre. Bonne soirée Isa Lise !

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